Canicule : comment bien nourrir son cheval quand il fait très chaud ?
Chevaux et canicule : bien nourrir son cheval quand il fait très chaud
Ce que dit la science sur l'alimentation et la gestion de la chaleur chez le cheval
Les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes, et le cheval y est particulièrement sensible : sa masse musculaire produit beaucoup de chaleur, et sa capacité à l'évacuer est limitée. Bonne nouvelle : l'alimentation est l'un des leviers les plus simples et les plus efficaces pour l'aider à mieux supporter les fortes chaleurs. Voici ce que montre la littérature scientifique et vétérinaire récente.
Pourquoi le cheval souffre-t-il autant de la chaleur ?
Un cheval adulte en bonne santé se sent bien lorsque la température extérieure se situe entre 5 et 25 °C environ. Au-delà, son organisme doit activement se refroidir, principalement en transpirant et en respirant plus vite [6, 8]. Or la transpiration a un coût : un cheval peut perdre jusqu'à 10 à 15 litres de sueur par heure en climat chaud, avec d'importantes pertes en sels minéraux (sodium, chlorure, potassium) [2]. Fait surprenant : parce que sa sueur est très concentrée en sels, le cheval ne ressent pas toujours la soif aussi nettement qu'un humain quand il se déshydrate [2]. Résultat, il est facile de sous-estimer ses besoins réels en eau.
Autre piège : plus un cheval se déshydrate, moins il transpire efficacement [3]. La spirale peut donc s'aggraver rapidement si rien n'est fait, avec un risque de coup de chaleur, de troubles nerveux, voire de décès dans les cas extrêmes [6]. Certains chevaux sont plus à risque : les chevaux obèses, âgés, atteints de la maladie de Cushing (PPID), les jeunes poulains et les chevaux "anhidrotiques" qui ont perdu leur capacité à transpirer normalement [12].
Le rôle clé de l'alimentation
1. Moins de fibres grossières, plus de matières grasses
Digérer génère naturellement de la chaleur : c'est ce qu'on appelle la "chaleur de digestion". Elle varie beaucoup selon ce que mange le cheval. Un foin très fibreux produit plus de chaleur de digestion qu'un foin jeune et tendre, alors que les matières grasses en produisent très peu [9]. Concrètement, un foin de graminées coupé tôt, fin et souple, est plus adapté en été qu'un foin grossier et fibreux [9]. Ajouter un peu d'huile végétale à la ration permet aussi d'apporter de l'énergie sans faire grimper la chaleur interne du cheval [9, 11].
2. Attention aux excès de protéines
Un excès de protéines dans la ration (fréquent avec une luzerne trop généreuse) oblige le cheval à éliminer l'azote en trop, ce qui produit encore plus de chaleur et augmente ses besoins en eau [13]. En pratique, un cheval au travail modéré n'a besoin que de 8 à 12 % de protéines dans sa ration totale [12] : mieux vaut donc limiter les fourrages trop riches en été.
3. Des repas plus petits, plus souvent
Fractionner la ration en plusieurs petits repas plutôt qu'en deux gros repas permet d'étaler la production de chaleur digestive dans la journée, au lieu de la concentrer en un seul pic [10].
4. Des fibres qui retiennent l'eau
Certains aliments comme la pulpe de betterave ou les coques de soja sont très digestibles et retiennent beaucoup d'eau pendant la digestion. Ils agissent comme un petit réservoir d'eau et de sels minéraux dans le tube digestif, ce qui peut aider à limiter la déshydratation [15].
5. L'eau, avant tout
Les besoins en eau explosent en période de forte chaleur : un cheval peut avoir besoin de boire deux à trois fois plus que d'habitude [14]. Une eau propre, fraîche et disponible en permanence est indispensable, idéalement à l'ombre pour rester appétente [6]. Un manque d'eau associé à une chaleur importante augmente aussi le risque de coliques [14].
6. Des électrolytes bien dosés
Après la transpiration, ce sont surtout le chlorure, le sodium et le potassium qui manquent au cheval, suivis du calcium et du magnésium [5]. Une supplémentation en électrolytes adaptée à ces proportions aide à maintenir l'hydratation et la capacité à transpirer efficacement, en particulier pour un cheval qui travaille [3, 5].
7. Ni trop gras, ni trop maigre
Un excès de graisse corporelle agit comme un isolant qui empêche le cheval d'évacuer sa chaleur [12]. Viser une note d'état corporel autour de 4,5 à 5 sur 9 est un bon compromis entre réserves énergétiques et confort thermique en été [12].
Les bons réflexes recommandés en France
L'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) rappelle plusieurs mesures simples et complémentaires à l'alimentation [6, 7] :
• De l'eau propre et fraîche disponible en permanence.
• Des zones d'ombre ou des abris pour les chevaux au pré : les chevaux les utilisent spontanément pour se protéger du soleil.
• Un douchage complet après l'effort, l'une des méthodes les plus efficaces pour faire baisser la température corporelle.
• Des séances de travail plus courtes, aux heures fraîches, dans des zones ventilées.
À noter également : depuis un arrêté du 22 juillet 2019, le transport routier d'animaux dans le cadre d'une activité économique est interdit entre 13h et 18h dans les départements en vigilance orange ou rouge canicule (sauf transport de 3 équidés ou moins, ou véhicule climatisé/équipé de brumisation) [6].
En résumé
Face à la canicule, la nutrition est un allié précieux : privilégier des fourrages fins et peu fibreux, limiter les excès de protéines, ajouter un peu de matières grasses, fractionner les repas, et surtout garantir un accès permanent à l'eau et des électrolytes bien dosés. Ces gestes simples, associés à l'ombre, à la ventilation et à un rythme de travail adapté, permettent de réduire concrètement le stress thermique du cheval et de prévenir les complications les plus graves.
Sources scientifiques et techniques
[1] Kang, H. et al. (2023). Heat stress in horses: a literature review. International Journal of Biometeorology.
[2] Lindinger, M.I. (2008). Sweating, dehydration and electrolyte supplementation: Challenges for the performance horse. Proceedings of the 4th European Equine Health & Nutrition Congress, Wageningen University and Research Centre.
[3] Oral Electrolyte and Water Supplementation in Horses. Veterinary Sciences, 9(11), 626 (doi.org/10.3390/vetsci9110626).
[4] UK Vet Equine. Oral electrolyte supplementation and prevention of dehydration in horses.
[5] Thermoregulation during Field Exercise in Horses Using Skin Temperature Monitoring. Animals (Basel), PMC.
[6] Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE). Canicule : comment aider son cheval à mieux supporter la chaleur ?
[7] IFCE. Canicule : quelles précautions pour vos équidés face aux fortes chaleurs ?
[8] IFCE – Équipédia. L'eau et l'abreuvement du cheval.
[9] IFCE – Équipédia. Bien nourrir son cheval.
[10] Nutrena / The Equine Report. Feeding Horses During Hot Weather / Feeding Performance Horses in the Heat of Summer.
[11] Kentucky Equine Research (KER). Practical Considerations of Feed Processing Effects.
[12] Mad Barn. 14 Tips for Feeding & Caring for Horses in Hot Weather ; Heat Stress in Horses: Signs, Treatment & Prevention.
[13] Southern States. Feeding the Horse in Hot Weather.
[14] Paramount Cubing / Star Milling. Feeding Horses in Hot Weather ; 8 Horse Feeding Tips During Extreme Summer Heat.
[15] Integrity Horse Feed. 8 Summer Feeding Tips During Extreme Heat.
Article rédigé à partir d'une synthèse de la littérature vétérinaire et de ressources techniques de la filière équine (IFCE, Kentucky Equine Research, Veterinary Sciences, International Journal of Biometeorology), juillet 2026. À visée pédagogique ; ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire ou d'un nutritionniste équin.

Laissez un commentaire